Pourquoi j'ai choisi l'IA pour ne plus garder mon savoir pour moi
Introduction
Pendant des années, j’ai vécu avec un secret encombrant.
Pas un secret de famille ou une confidence inavouable, mais un secret intérieur : une accumulation de connaissances, d’expériences et d’intuitions récoltées au fil de mon parcours, qui restaient silencieuses, faute de savoir comment les transmettre.
C’est le paradoxe du chercheur solitaire. On éprouve une joie immense à apprendre, à décortiquer un sujet complexe jusqu’à en comprendre les moindres rouages.
Mais vient ensuite la phase de restitution. C’est là que le mur se dresse.
Transformer ce chaos d’idées en un texte fluide, structuré et agréable à lire relève d’une compétence que je ne possède pas forcément : l’art de la narration écrite. Ce n’est pas mon métier, et encore moins ma zone de confort.
Le savoir qui n’est pas transmis est un savoir qui s’éteint. J’ai fini par accepter que, sans aide, mon expérience resterait invisible.
L’IA comme partenaire de pensée
L’IA est devenue mon mode de réflexion par défaut. Ce n’est pas un outil que je sollicite uniquement pour rédiger ; c’est une présence constante dans mon quotidien, bien au-delà de la publication.
D’abord, j’utilise une IA dédiée à la recherche profonde, le Deep Search. Cette technologie me permet d’étayer mes réflexions bien au-delà de mes propres souvenirs. Elle va chercher ce qui me manque pour donner du corps à mes intuitions : des cas concrets, des articles de presse précis ou des données factuelles. Il m’arrive même de découvrir, grâce à elle, de nouvelles facettes de sujets que je croyais pourtant maîtriser.
Ensuite, j’engage en permanence une autre interface pour confronter mes idées en temps réel. C’est ici que se joue mon ping-pong intellectuel quotidien. Je lui soumets mes réflexions en vrac pour qu’elle m’aide à connecter des points invisibles et à structurer mon argumentation, quel que soit le projet en cours. Elle me force à sortir de ma bulle théorique pour me confronter à une logique plus vaste.
Enfin, j’utilise des modèles encore plus spécifiques, configurés pour être systématiquement en désaccord avec moi. Leur rôle est d’être mon avocat du diable permanent. En cherchant la faille dans mon raisonnement et en critiquant mes certitudes, ces IA m’obligent à renforcer ma pensée.
Ce dispositif évacue le flou et assoit mon expertise sur des preuves tangibles. Mais je ne transige pas sur une chose : si l’outil m’aide à explorer et à tester mes idées tout au long de la journée, je reste le seul garant de la vérité au moment de les partager.
Sans un sourcing chirurgical et une relecture implacable de chaque élément apporté, le partage n’aurait aucune valeur.
De l’auteur au Directeur de Publication
Je vais être honnête : l’écriture n’est pas mon talent naturel. J’aime l’idée, j’aime la structure, mais je bute souvent sur la mise en forme.
Aujourd’hui, mon processus a changé.
Je ne me vois plus comme un auteur qui lutte avec chaque virgule, mais comme un Directeur de Publication.
L’IA propose une structure de départ, un premier jet basé sur le matériel brut que je lui fournis mes propres idées et mon expérience de terrain. C’est une base, une argile encore informe.
Vient alors la phase la plus importante : la re-texturation.
Je reprends des phrases. Je change les tournures qui sonnent faux, je supprime les tics de langage des modèles de langage, j’injecte mes anecdotes personnelles et ma sensibilité.
Surtout, je vérifie chaque fait. L’IA peut aider à mettre en forme, mais la responsabilité de la vérité m’incombe. Si le texte final ne me plaît pas à 100 %, il ne sort pas.
Ma propre satisfaction est le filtre ultime : si le texte ne me convainc pas d’abord, il n’aura aucune chance de plaire aux autres.
L’éthique de la transmission : le choix du partage
Les puristes vont hurler. On parlera de paresse, de triche ou de perte d’âme ou simplement dire que je suis nul. On adore sacraliser le labeur pénible et l’effort acharné, comme si la difficulté de l’exercice était le seul gage de qualité valable pour rendre une idée légitime.
Pourtant, l’effort ne disparaît pas, il se déplace. Je passe un temps considérable à relire ce que l’IA produit, à décortiquer et à retravailler chaque phrase. Ce qui ne me prend plus des heures à écrire me prend désormais des heures à reprendre.
À cela, je pose une question simple : est-il préférable de ne rien publier par orgueil, ou d’utiliser un outil pour offrir de la valeur aux autres ?
Si mon expérience sur un sujet précis peut aider un confrère, éclairer un curieux ou susciter un débat, l’outil que j’ai utilisé pour rendre ce savoir accessible devient secondaire.
L’éthique, pour moi, ne réside pas dans la difficulté de la rédaction, mais dans l’honnêteté de la démarche et la qualité de l’information transmise. Entre le savoir parfait qui reste caché et le savoir imparfaitement assisté qui circule, j’ai choisi mon camp.
Conclusion
L’intelligence artificielle n’est pas venue remplacer ma voix, elle est venue lui donner un mégaphone. Elle me permet de passer de la rétention d’expertise à la transmission de connaissances.
Au fond, l’IA ne diminue pas l’humain ; elle amplifie sa capacité à partager. Et si cela permet à des années d’expérience de sortir enfin de l’ombre pour devenir des articles utiles, alors le pari est gagné.
← Retour au blog